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Visite, Découverte, Soleil

Mexique : Oaxaca, exotisme et émotion

Monde, Mexique - 07/03/2008

Ses rues rectilignes qui se croisent à angle droit, sa place principale plantée d’arbres et rafraîchie de plates-bandes en témoignent : Oaxaca (on prononce « Oua-ra-ca ») est une ville qui fut créée ex-nihilo. Mais, avec presque 500 ans d’histoire la cité des conquistadores de Hernan Cortès figure parmi les plus anciennes cités du Nouveau continent. À cette antériorité, elle ajoute un legs architectural et archéologique qui lui vaut de figurer au patrimoine mondial de l’humanité. Mais cela ne suffit pas à expliquer son irrésistible séduction. Il faut donc ajouter à l’héritage quelques éléments subjectifs : la transparence de l’air, le bleu profond du ciel, l’explosion des couleurs aiguisées par l’altitude subtropicale, l’incroyable gentillesse qui accompagne les actes de la vie quotidienne et mille autres sensations fugaces mais qui ajoutent au charme.
Oaxaca est prisée des Français. Ils ont été plus de 30 000 l’an dernier à effectuer le voyage jusqu’à cette métropole située à 500 kilomètres au sud-est de Mexico. Sans doute l’esprit hexagonal est-il attiré par le caractère frondeur de cette petite capitale intellectuelle dont la colère peut se transformer en volcan. En 2006 elle connut des incidents sociaux inscrits dans l’actualité récente sous le nom de « Commune de Oaxaca ». La parenthèse tragique semble refermée même si l’on ne peut évacuer l’idée que l’état dont elle est la capitale est, avec son voisin du Chiapas, un des deux plus pauvres du Mexique.
Le tourisme est donc un moteur qui se développe prudemment. Pas de grands hôtels ni de complexes criards, mais une floraison d’auberges, plus charmantes les unes que les autres, installées à l’intérieur de bâtiments réhabilités : anciennes demeures de commerçantes, vieilles « posadas », couvents désaffectés. À six heures de route des plages du Pacifique Oaxaca n’est donc pas une « station » mais une ville authentique où les visiteurs se fondent dans la masse des passants.

Le cœur de la cité est piéton. Et cela depuis 20 ans. Les habitants ne sont pas peu fiers d’affirmer que la place centrale, entièrement ceinte d’arcades – des « cornières » comme on dit dans le Sud Ouest- est une des plus humaines du Mexique. Appelée « Zocalo », (« socle », comme toutes les places principales des villes mexicaines), elle se caractérise par une extravagante fraîcheur, même au plus suffocant de l’été. Elle la doit aux frondaisons de ses arbres, aux gazon et fleurs de ses plates bandes, aux fontaines qui entourent son kiosque. Quant à l’ambiance, elle est paisible, bon enfant. Délivrée du bruit des voitures, elle laisse une grande place aux musiciens, petits vendeurs, cireurs de chaussures, marchands de glaces. Le samedi soir c’est là que défilent les fanfares, que s’époumonent les cuivres des harmonies, que se produisent les troupes de danses folkloriques.

De la place, d’innombrables curiosités sont à deux pas. Églises, théâtres, centres culturels, bibliothèques, musées, couvents, marchés, boutiques, se disputent la préséance. Commençons le périple dans un angle de la place, par la cathédrale, dédiée à l’Assomption de la Vierge, commencée en 1 535 mais ayant évolué jusqu’à offrir une impressionnante façade baroque. A quatre blocs d’immeubles, voici le remarquable ensemble de la « Soledad ». Un irrésistible temple baroque, construit de 1682 à 1689, lieu de pèlerinage pour les Mexicains et que le pape Jean-Paul II honora de sa visite.

Immanquable encore, mais au nord de la grand-place, cette fois, l’église de Santo-Domingo de Guzman, construite à partir de 1570, achevée en 16O8, un des plus beaux exemples du baroque mexicain, avec une décoration intérieure à la feuille d’or et d’émouvantes sculptures naïves réalisées aux XVI ème et XVII ème par les artistes indiens formés par les Missionnaires.

Accolé à l’église se trouve un centre culturel qui s’étale sur plus de 30 000 m². La qualité de la restauration a valu aux architectes de nombreux prix. Les expositions présentées fourmillent d’informations sur l’histoire et les réalités locales. En particulier sur Hernan Cortès dont on découvre qu’il fut plus l’apôtre d’un Mexique métis qu’un bourreau inhumain. Grâce à des analyses de terrain, qui ont permis de remonter la piste botanique, les jardins ont été replantés comme ils l’étaient à l’époque des Missionnaires. Le centre héberge également une immense bibliothèque qui fait le bonheur des universitaires et des chercheurs. Sa fierté : un incunable de 1 484 imprimé à Toulouse. Le centre culturel abrite aussi le « trésor de Monte Alban », où sont exposées les plus belles découvertes réalisées sur le site majestueux qui domine la ville (lire par ailleurs).

À ces incontournables s’ajoute une quarantaine de pôles d’intérêt culturel.
Mais, on ne traverse pas l’Atlantique pour seulement s’adonner au stakhanovisme culturel. Oaxaca est une ville où prendre son temps parachève l’impression de douceur de vivre. On ne peut passer à côté des marchés. Celui des producteurs bio, par exemple, où fruits et légumes côtoient des chocolats fabriqués sur place et café locaux d’anthologie. Ou encore le dédale des couverts de l’immense marché du 20 novembre. On ne résiste pas aux grillades de viande de bœuf, taillées en longs carpaccios de trente, quarante centimètres découpés au couteau dans la cuisse de la bête, opération qui demande quinze années de pratique à un boucher pour la réaliser dans les règles de l’art. Difficile aussi de ne pas succomber à l’attrait des bijoux locaux, vendus pour pas cher et taillés dans la pierre par les Indiens des montagnes avoisinantes, non plus aux tissages artisanaux ou aux chapeaux de paille. Capharnaüm moderne, le marché aux allées étroites est le lieu où se côtoie toute la ville à un moment ou à un autre, qu’il s’agisse d’effectuer des emplettes ou de grignoter quelque reconstituant sur un coin de table.

A l’heure du repas, c’est dans le patio d’un restaurant typique qu’il faut goûter aux spécialités locales – ne pas forcer sur les dangereuses sauces pimentées- et découvrir les plats au Molé, la spécialité locale. Il s’agit d’une pâte noire, apparemment peu avenante mais qui se traduit, au palais, par une explosion de goût : elle est en effet constituée d’un assemblage de 30 épices, à laquelle on ajoute riz, tomate et huile d’olive… importée. Viandes et légumes au molé sont proposés dès le petit-déjeuner. Inévitable. Sinon, la cuisine locale, délicieuse, fait un usage abondant de lentilles et de légumes frais.
A l’heure de la détente, l’exotisme se teinte d’émotion dans un des établissements les plus joyeux de cette ville en couleurs : « La Frola » rue du 20 novembre. Dans ce bar à metzcal où le vendredi et le samedi soir se succèdent les orchestres locaux, planent encore les ombres d’Hemingway, Malcom Lowry et Aldous Huxley ! Les murs tremblent encore de leurs éclats de voix.

Pratique

Bien que située entre tropique du Cancer et équateur la ville de Oaxaca et sa région, situées en altitude, bénéficient d’un très agréable climat. En hiver il fait très bon : de 1° à 10 + ° le matin, jusqu’à 30° l‘après-midi. En été, le temps se cale au beau jusqu’en milieu d’après-midi, puis, le ciel se couvre pour laisser place à de rafraîchissants orages. Oaxaca est située dans une « vallée centrale » sur laquelle débouchent d’autres vallées. En louant une voiture sur place ou en utilisant un réseau de bus parfaitement organisé on peut gagner et visiter une multitude de petits villages typiques situés aux alentours. Ils ont chacun leur spécialité : terre cuite, tapis, textiles. Ne pas manquer le site précolombien de Mitla dont la visite est aussi indispensable que celle de Monte Alban (lire en page 6).   A voir également à Tule, un extraordinaire cyprès de Montézuma de 41 mètres de haut mais, surtout, d’une circonférence de 36 mètres. Les estimations de son âge vont de 1200 à 3 000 ans.On peut aller de Mexico à Oaxaca par une magnifique route, mais la meilleure solution reste l’avion (lignes intérieures) : une heure de vol, 180 euros aller-retour par personne.

 



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